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lundi 19 avril 2010

Le cul de ma femme mariée - Chapitre 8

Didier de Lannoy
« Le cul de ma femme mariée », roman, Quorum, 1998...
El culo de mi mujer casada - De kont van mijn getrouwde vrouw - Evunda ya mwasi na ngai ya libala
Extraits

8


Hortense: des centaines de Belges face à l’ouragan.

On fait l’amour (ou bien des chats nous dérangent-ils) ?

- Tu y tiens[1] ?

Le lait qui tourne, ça donne du fromage. Et le fromage qui tourne, ça donne quoi ? Si j’ai la chiasse ce soir, on fera l’amour quand même ?

- Lâche-moi les jarretelles !

Ouragan Hortense: 2000 Belges bloqués !

Le chef de file de l’opposition dite “radicale”, Monsieur Etienne Tshisekedi, a appelé vendredi 6 septembre à des prières pour le rétablissement de la santé du Président de le République, le maréchal Mobutu Sese Seko (Kuku Gbendu Wa Za Banga) (le coq qui couvre toutes les poules), lequel se remet difficilement d’une opération de la prostate.

L’ouragan Hortense contraint plus de 2.000 touristes belges en vacances à Saint Domingue à garder la chambre.

Tu m’as acheté des lunettes ?

- Oh, j’ai oublié ! Mais je me suis acheté plein de vin, que je boirai ce soir, avec Antoinette.

- ...

- Oui, du cabernet espagnol. Quand il commence à faire froid, la bière ça ne me dit plus grand-chose !

- Mais quand est-ce qu’on s’accouple alors ?

- Tu veux bien me lâcher ?

(Cessons de boire ! rentrons à la maison ! ne sois pas trop énervée! ne sois pas trop fatiguée !) (il n’y a plus rien à manger ! il n’y a plus rien à fumer ! le frigo est vide !) (le juke-box est mort) (atteint de pharyngite aigüe !) (les magasins de nuit sont déjà fermés) (depuis tellement longtemps!)[2] (une alouette grisolle !) (arrête de danser ! que les invités foutent le camp ! les visiteurs aussi ! qu’Antoinette aille se coucher ! montons !).

Encore le Pape ! Le mal serait bénin. Les accès de fièvre abdominale seraient dus à une appendicite. Le Pape souffre de l’appendice et sera opéré d’ici la fin de l’année.

L’ouragan Hortense a tué 14 personnes dans les Caraïbes, selon un bilan provisoire.

Tu montes ou quoi ?[3]

- ...

- Tu ne vas pas te faire sauter par Antoinette, quand même ?

- Et pourquoi pas !



[1] Les périodes de rut du mâle ne correspondent pas nécessairement aux chaleurs de sa compagne. Elle me demande: on ne pourrait pas changer de programme, non ? se faire une bouffe ? draguer les copains ? rôder du côté de Saint-Josse, en Tchétchénie (Hans-et-Martha, Jamal-et-Tula) ou du rond-point de la Victoire (Matsi, Bongeli, Lutele, Ekala), découvrir le nouveau bistrot de la copine de Sinatu (ou le bistrot de la nouvelle copine de Sinatu ?) (Baniel ou Nana ?) (Dizzy et Djo Maly), manifester devant l’Office des Etrangers, manger des prostates de poulet (bien grillées, pour éviter tout risque de transmission du cancer) dans un nganda de Matonge ?

Ou la fornication constitue-t-elle le seul exercice d’assouplissement physique dont s’accommode votre coutumière indolence ?

[2] (Les vampires réintègrent leurs terriers ! les rats de messe s’éclaboussent les orifices à l’eau bénite, enfilent leurs culottes et courent à la chapelle se shooter aux Ecritures, s’éclater aux Sacrements !).

[3] Il faut combien de temps pour attendre ici ! (déjà s’impatientera Chéri Samba !).


Le cul de ma femme mariée - Chapitre 36

Didier de Lannoy
« Le cul de ma femme mariée », roman, Quorum, 1998...
El culo de mi mujer casada - De kont van mijn getrouwde vrouw - Evunda ya mwasi na ngai ya libala
Extraits


36


Je ne supporte plus les brouets et les bouillis. Le blanc de poulet, le potage aux légumes, les pommes de terre à l’eau. Le fromage (maigre) et le yoghourt (maigre). Je suis en panne de lotoko, d’Ambassades spéciales (en vente sur le boulevard du 30 Juin, à la hauteur de la Croix-Rouge) (ou sur le Kasavubu, près du rail, près de la mosquée d’Usoke). Je suis en manque de café amélioré (le café des sentinelles de la Caisse d’Epargne ou du Play-Boy) (et d'Inzia ?). Je suis en manque de cabri grillé et de kamundele[1], de la cuisine haletante du Bedit Bedo, chez Matsi (sur Popokabaka).

Et si je te draguais au Palmarès, chez Petit-Jean ou chez Kintoni Mayard, à la Perruche ou au Jambo-Jambo, au Speak-Easy ? Si je te proposais de manger du crocodile, du serpent vert ou de la patte d’éléphant ? Si nous passions notre première nuit de noces au Kilt, à Kingabwa (trop discret!) ou à la Crèche, à Matonge (trop bruyant !) ?

Et si vraiment la fête continuait ? Si tu m’entraînais au concert (dans tous les quartiers, toutes époques confondues, sans ordre de préférence et quel que soit l’orchestre), à boire et à danser ? au Vis-à-vis ou à la Carte Blanche ? chez Ma-Elikia, chez Vévé, chez Tshibangu ou chez Maître Taureau ? à l’Alex-Bar, à 1-2-3 ou chez Mama Kulutu ? au Succès ou chez Kimpwanza ? à la Source, au Faubourg ou à la Rigole ? à la Fontaine ou au Bobongo ? au Club 16 ?

Si on s’achetait des aspirines et des noix de cola (au Djakarta, à l’entrée de tous les bars ou dans n’importe quel ligablo) ? Si tu m’invitais à nous péter la gueule jusqu’à 5 ou 7 heures du matin à la Samba (Isaac Musekiwa rêvant au saxophone !), au Kadioka (en compagnie des derniers flics, des dernières putes et des taxis de nuit), chez Mayaza II (sur Oshwe) (près de chez Lutele), à la Tempeta de Oro (à la table de Champro-Mitterrand-de-Monaco) (avec Emoro, Djo-Maly Bolenge et Qui Saura), au Self Control (avec Maître Fanon) (Edingwe, Ilunga Police-Belge ou Maître Lopez) et chez Tonton Mbaki ?

Je suis en manque de toi!

Sacristain bénévole à la cathédrale, surveillant d’école, indicateur de la police économique du Liechtenstein, j’ai envie de te parler de tes seins, de leur timidité, de leur fragilité. J’aime l’odeur de tes seins (les anges n’ont pas d’odeurs ?). J’aime qu’ils frissonnent, hésitent. J’aime qu’ils se couchent sur ta poitrine quand ils sont au repos. J’aime aussi qu’ils se redressent et me narguent. J’aime qu’ils me fixent droit dans les yeux, sans faiblir, effrontément. J’aime qu’ils se ressemblent et qu’ils soient différents.

Je voudrais te sniffer les tétons !

(Henri IV te baisait 1.000 fois les tétons) (enduits d’alcools, de parfums et de miels) (et les appelait ses petits garçons, il y a longtemps déjà). Je te butine la lèvre et le nombril. Les aisselles et le ventre. Les commissures et les interstices.

Ton cul me manque. Ton cul de pêche, ta cuisse, ta nuque, ton front, ton cou, ta main. Tes dents de prédatrice. Ton là me manque.

J’aime ton là. J’aime mordre ton là. J’aime y poser la main et l’y laisser. Longtemps. Comme absente, comme une ombre (qui chercherait à se faire oublier), comme un silence. J’aime que ma main s’endorme sur ton là.

Et puis, soyons définitivement ringard (des flammes hurlent aux fenêtres, la voiture reste bloquée au milieu du passage à niveau, la télévision implose, des trombes d’eau glacée s’engouffrent dans la cave, transmutation de Hulk, le roi de coeur est décapité par le valet de pique, une éclipse de soleil passe totalement inaperçue):

- Je t’aime !

J’ai retrouvé un vieux cure-dent dans la chambre, par terre, de ton côté du lit. Gris et poussiéreux. Je m’en sers tous les soirs ! Je pense à toi en me touillant les caries (aux anchois) avec délectation.

Et Sinatu depuis ? On ne la voit plus déjà (depuis deux mois !) (ou presque), qu’est-ce qu’elle devient parfois (depuis que son téléphone est tombé en panne de facture) (ou depuis qu’elle a déménagé) ? (Elle habiterait rue de Liedekerke, près du Makutano). Elle a voyagé ? Et ce plat d'affaires intérieures de chèvres (roulées et préparées selon le rite kinois) (ou mongonais ?) qu’elle me doit depuis si longtemps? Et Olangiyo ?



[1] Les meilleurs cabris sont grillés avenue de la Victoire, à Matonge, près de chez Ekala (et ailleurs). Une jeune maman du Camp Cito prépare d’excellents kamundele, devant une boîte de nuit (dont j’ai oublié le nom) (fréquentée par des militaires et des agents de la Sûreté), à partir de 2 heures du matin.