[3] Le soutien-gorge défait, le pagne retroussé, on complimente sa partenaire. On l'honore et on la récompense !
(S’insurge-t-elle, on lui apprendra à qui elle a affaire !) (on la livrera aux chiens du Sarm ou de la DSP) (aux hyènes et aux crocodiles) (au dépeceur de Mons) (aux varans !) (et que personne ne puisse plus jamais s’en servir) (ni mari, ni amant) (et ni petit poussin !).
On promeut l’époux complaisant, on le congratule, on lui injecte une puce électronique derrière l’oreille:
- C’est bien, Petit, tu es un garçon intelligent, on est content de tes services, tu iras loin !
(S’insurge-t-il, on lui fera bouffer ses couilles !) (on signera une ordonnance présidentielle) (on dégradera le mutin, on dégommera le rebelle) (l’anti-parti !) (on l’exilera à l’intérieur du pays ou dans une ambassade d'Asie ou d'Amérique du Sud) (on provoquera une crise de malaria, une intoxication alimentaire, une attaque d’apoplexie, un accident d’hélicoptère !).
Ejaculation plantureuse et satisfaction béate !
(Président fécondateur, oyé !) (Grand Léopard, oyé !) (Mouvement Populaire de la Révolution, oyé !)
Un temps, puis on se lasse. On se cure les dents. On se ronge les ongles. On siffle la fin de la récréation. On vire l’ennuyeuse de la couche maréchale. On va se moucher ailleurs. On change de modèle, de série. On rajeunit !
On la nomme, en qualité d’indicatrice privée (appointée sur la cassette personnelle de Père de la Nation), au Bureau politique, au Comité central, au Conseil exécutif ou dans l’Administration du Territoire. Pour sa disponibilité permanente, son engagement révolutionnaire, sa fidélité au Guide, aux idéaux et à la devise du Parti-Etat: Servir !
[4] A chacun ses rendez-vous, son dictionnaire de noms propres, ses galeries de portraits foireux, ses images pieuses et ses photos pornos, ses tranchées de cadavres, ses bocaux de confitures. Pour avoir un mort à soi, il n’est pas toujours nécessaire d’avoir reçu un carton, de payer sa cotisation, d’être invité à la fête (dormir au matanga, se taper la messe de service, accompagner le corps au cimetière ou à l’aéroport) ? Voici les miens. Atteints par la limite d’âge ou morts avant, trop tôt, tués par la bête. Morts par accident, de lassitude, de manque d’argent, de manque d’amour, de manque de soins. Et morts autrement (torturés, empoisonnés, suicidés, exécutés, pendus) (jetés aux crocodiles) (dépecés ou dissous). Connus et inconnus. Puissants et misérables. Banals et légendaires. En dehors de tout classement (les cartes ayant été brouillées) (comme toujours !) (par un tricheur professionnel) (affectif, chronologique, alphabétique, idéologique). Tous dans le trou ! Je cite (j’en vole et j’en oublie!) (dans tous les camps, de toutes les confréries) (et j’espère bien que mon pense-bête en fera drôlement chier quelques-uns !):
Adu Elenga (Ata ndele mokili ekobaluka).
Le grand Kalle (qui n’a jamais chanté Mobutu), Mopepe, Ebale Mondial, Emoro, Bavon Marie Marie, Chantal, Mujos, Kapia, Kisangani Espérant, Luambo (alias Franco) (aleki bango!) (Luambo Makiadi n'a jamais cessé de chanter Mobutu) (Franco de mi amor a toujours chanté les gens de Kinshasa) (et aussi) (qui s'en souvient ?) (Liwa ya Emery).
John Lee Hooker, Edith Piaf, Jimmy Hendrix, Janis Joplin, Kurt Weill.
Isaac Musekiwa, Maman Angebi, Maître Fanon (le patron du Self-Control et de Taz-Bolingo) (chez Maître Taureau, à la frontière entre Yolo-Nord et Yolo-Sud).
Le papa et la maman de Denise (et ceux du mari de ma femme mariée).
Bimanyu Kamanzi (que tout le monde appelait Soum), Victor Matondo (recommandant à Hortence de ne pas tomber dans le trou !), Alain Moens, Myriam Guestan, Kabombo Wadi (notant ah! en bas de ses pages), Hubert Tshimpumpu, Dany Luntadila, Mabika Kalanda, Bayo, Tango, Nkieri, Daniel Ndayitabi, David Gould, Mbemba Mulopo Misekele (Justin-Marie), Kabeya-le-pilote, Jean-Claude Méhu, Jean-Pierre Brunin, Adèle Fleck, Christophe Kata, Lilian Tala-Ngai, Louis Fodderie (Jan-Kuk), la femme de Magnat, sa soeur aussi, le frère Otton, le docteur Nyombahire (à qui je dois la vie d’Eric), Guy Keutgen.
La femme de Bernardo, la mère de Nono, les maris de mes soeurs, l’enfant de Koko Anselme, la soeur de Lup, le père de Gaëtan, celui de Mohammed.
Patrice-Emery Lumumba (assassiné), Mehdi Ben Barka (assassiné), Malcolm X (assassiné), Camillo Torres (assassiné), Ernesto Che Guevara (assassiné).
Dashiell Hammett, David Goodis, Chester Himes (mort en exil), Boris Vian, James Ensor, Edvard Munch, Dylan Thomas, Antonin Artaud, Nazim Hikmet, Amos Tutuola, Tristan Tzara, Pablo Neruda, Léon Damas, Lomami Tshibamba.
Rosa Luxembourg (assassinée). Le député Julien Lahaut (assassiné).
Okito et Mpolo (assassinés), Sylvanus Olympio (assassiné), Félix Moumié (assassiné), Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné (assassinés), Mohammed Boudiaf (assassiné).
Max Stirner, Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine, Petr Aleseïevitch Kropotkine, Louise Michel (déportée), Jules Vallès, Buenaventura Domingo Durruti (mort en défendant Madrid !).
Michel Servet (esprit frétillant), Wilhelm Reich (mort au pénitencier de Lewisburg en 1957), Sacco et Vanzetti.
Sergueï Aleksandrovitch Iessenine (suicidé en 1925), Vladimir Vladimirovitch Maïakovski (suicidé en 1930).
Emiliano Zapata, Giap, Cochise et Geronimo (de la nation apache), Chaka, Msiri, Kimbangu (mort en déportation, à Lubumbashi), Toussaint Louverture (mort en déportation, au fort de Joux).
Kimba, Bamba, Anany, Mahamba (assassinés par Mobutu). Pierre Mulele (assassiné par Mobutu). Le major Kalume (assassiné par Mobutu).
Saïd Charki (assassiné par les gendarmes) (troupes d'occupation débarquant à Cureghem !) (insultant les femmes) (bousculant les vieux) (dérouillant les enfants) (leurs autopompes, leurs ambulances, leurs magistrats) (le ministre de l'Intérieur et les bourgmestres-godillots).
Vicente Giner.
Louise Valois, Nadia de Baerdemaeker, Vincent van der Meersch, François Fer et Rosa Bolle.
Roland Vanden Bogaert, Benoît Quersin, Robert Defise, Kasongo Kimungu.
Charlotte de Miguel, Albertine du Juge.
Durand (à vérifier).
Il n’y a pas de quoi remplir un stade.
Et les vivants ? (les anonymes, les sans-papiers). Il n’y a pas de cimetières pour les vivants ? (les anonymes, les sans-papiers).
Et comment s’appelait-il encore (et d’où pouvait-il bien venir), celui-là qui pissait sur une billetterie de la chaussée d’Ixelles, près de la galerie du même nom, la nuit, vers 2 heures du matin ? qui nous a offert à boire dans un bistrot du couloir de la mort ? qui nourrissait ses tortues aquatiques avec de gros morceaux de viande sanglante et qu’on a retrouvé noyé dans la pièce d’eau d’une villa des beaux quartiers francophones d’Uccle ou de Woluwe, grignoté par des poissons exotiques ? (ou dans les eaux du canal de Charleroi, à proximité de l’écluse de Viesville ?).
Et le concierge du 48 quai du Commerce à Bruxelles-Brussel ? (que j’aurais dû gazer au Baygon, depuis toujours!) (et qui s’est dépêché de mourir du cancer et de la tuberculose, lâchement, pour éviter de se faire crever la peau ?).
Et le squelette d’un homme (sans âge, sans race, sans sexe) découvert au fond d’une cuve de coca-cola, à Kinshasa ?
Et ceux qui se sont plantés (un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout) (plutôt baiseurs ou plutôt baisés?) et qui, pourtant, ont été des connaissances ou des amis (un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout) ? ai-je le droit d'exclure de mon cimetière ceux qui ont choisi le mauvais camp (y a-t-il de bons morts et de mauvais morts) (des morts d'un côté et des morts de l'autre) (des morts de face et des morts de travers) (des morts politiquement corrects et d'autres qui ne le sont pas) ? Baudouin Djogo, Sombo Dibele Awanan, Mobyem Mikanza (qui a écrit et/ou mis en scène une "Bataille de Kamanyola"), Bisengimana Rwema, Mpinga Kasenda, Mulumba Lukoji ?
Et ceux qui sont morts depuis ? Oscar Lassman, Ronald Verbeke (à qui j’aurais bien aimé faire lire mon roman) (et dont j’ai retrouvé le sourire sur les lèvres d’un marchand de parfums) (ambulant) (à la feria de L'Eliana), Clément Ndjoli (alias Antilope), Noko Fabien, Christiane Bourlon ?
Et de combien de personnes, non encore décédées, ai-je pu renifler le cul, toute ma vie durant ?
On racle ses fonds de tiroir, on souffle sur de vieilles braises, on vide les poches de ses premières culottes, on fiche et on établit la liste des badauds à convier au vernissage, à la fête de l'Huma, au lâcher de ballons, au crématorium de Wilrijk ? Ça ne leur plaira pas toujours de se retrouver dans mes placards ? et dans les carnets d'adresse de JPJ ? en compagnie de qui ! (n'y a-t-il jamais prescription ?).
On leur enverra quand même un bulletin de souscription ! Ojala !