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lundi 19 avril 2010

Le cul de ma femme mariée - Chapitre 17

Didier de Lannoy
« Le cul de ma femme mariée », roman, Quorum, 1998...
El culo de mi mujer casada - De kont van mijn getrouwde vrouw - Evunda ya mwasi na ngai ya libala
Extraits

17


Salaires en baisse, tarifs en hausse. Depuis 10 ans, les revenus du patrimoine ne cessent d’augmenter. Depuis 10 ans le niveau de vie des jeunes ne cesse de diminuer.

La démarche pénible, l’élocution incertaine, le Pape a rencontré 200 “blessés de la vie” dans la basilique Saint-Martin (le baiser donné à un jeune atteint du sida, la caresse sur la joue d’une malade alitée, la main fraternelle sur l’épaule d’un handicapé mental) (et même d’un homosexuel) (ouahou ?).

Et pendant ce temps-là, je volerai des mots, tous les mots dont je pourrai avoir besoin. J’en volerai aux riches, j’en volerai aux pauvres.

Lundi matin, pendant l’heure de table, je revendrai un peu de shit (au carrefour formé par les rues Emile Féron et Théodore Verhaegen à Saint Gilles), je ferai le tapin sur l’avenue de la Toison d’Or ou à la sortie des confessionnaux de l’église du Sablon (je prendrai une douche, je changerai de slip, je ne serai plus la même personne), je viderai les troncs et les parcmètres au moyen de fausses clefs, je m’emparerai du sac d’une vieille bigote (puant de la culotte), je la menacerai d’un flingue emballé dans une chaussette de laine (trouvé dans une poubelle à Cureghem), je la blesserai à la main d’un coup de cutter, je l’agripperai par les cheveux, je lui déroberai les 14 cierges et les 22 rouleaux de papier-cul qu’elle dissimulait sous ses cottes.

J'obligerai ma mère à se prostituer et à me remettre ses gains (que je puisse m'acheter de la drogue, jouer aux courses, tirer une vraie jeune fille). Egalement poursuivi pour bris de clôture et consommation d'hosties de contrebande, je serai traqué par les flics et les ligues de moralité publique, je prendrai la fuite dans une voiture volée, j’éviterai de justesse une ambulance de la gendarmerie, je déraperai, je percuterai un poteau électrique, je défoncerai la vitrine d’une boutique de mode, je m’encastrerai dans le mur de la buvette du club de football local, je serai éjaculé (en état de choc, plusieurs côtes cassées et le nez fracturé) (je parviendrai à m’enfuir et à leur échapper).

Vendredi soir, pourtant, je mourrai grillé dans l’incendie d’une cabane de branches que j’habitais depuis plusieurs années. Dormant sur des cartons et me nourrissant de détritus. Au coin des avenues de l’Uruguay et de la Forêt. (J’étais complètement vidé) (je revenais d’une chasse aux mots) (intense et fructueuse, maléfique !) (j’avais mis le feu à des palettes de bois pour me réchauffer) (récupérées sur un chantier). (Un passant, accompagné d’un chien-flic, donnera l’alerte) (incommodé par l’odeur de charogne calcinée).

Congo-Zaïre. Des élections continuent d’être prévues ? Des militaires se préparent (comme d'habitude) à d’autres éventualités ? [1]

Hier soir, une truite me mordillait les 3 bottes (vive, chat sauvage, méfiante) (que je lui lance à la tête 2 vaisselles de 6 jours, que je lui mette 7 vers dans 4 pommes, que je lui flanque 10 coups de couteau au thorax, que je lui coince 5 doigts dans la portière de 8 voitures ?).

- Montre-moi que tu m’aimes ! J’ai besoin d’1 dessin !

(Et toi, tu te couperas la chevelure peut-être ? et tu la déposeras sur ma tombe ?) (tu te trancheras les 9 phalanges ?).

Les pieds rongés par les rats, la casquette de base-ball à l’envers, pressé par un essaim d’abeilles[2], mordu par un chien d’attaque, assis à califourchon sur le dos d’un âne rachitique, je n’avouerai jamais !

Pourtant, ce matin, je devais absolument te téléphoner, ça ne pouvait plus attendre. (Excuse-moi si je te réveille, il faut absolument que je te dise:)

- Ta confiture de prunes (du jardin de Lieve) et le fromage blanc (maigre) de chez Delhaize, ça va très bien ensemble !

Patron d’une société de course, maréchal d’opérette chargé de régler la circulation des piétons à l’entrée de l’hôtel Métropole, je n’avoue pas mais je t’ordonne:

- Tu dois m’aimer !

Noyons les psys dans un sac ! Aucun curé n’ose plus me prendre en confession. Les bordels refusent ma clientèle. Monsieur Longue a déserté (Ilunga Lupuishi, Baudouin Kalonji, Dalienst).

On n’a plus personne à qui parler, à qui plaire. On n’a plus personne qui veuille vous entendre. Sauf des anthropologues et quelques flics. Je t’écris une lettre, je m’empresse, avant de ne plus savoir écrire. Je voudrais t’écrire une lettre avant de crever (je signerai Delhaize de Hennin, le Pape ou Maréchal Mobutu, qu’importe !), et qui durera longtemps.

Avant que tu ne crèves aussi.

(Mais c’est difficile de t’écrire aujourd’hui. Tout a toujours été dit, par tout le monde et de toutes les façons possibles. Tout a déjà été lu. Et je dois te trouver une place à toi toute seule, dans cet embouteillage grotesque!).

Une lettre et quelques personnages. Mais pas trop: l’ouragan Hortense, le glacier Sandruma à 14h52 au pied du Résidence Palace (ils se sont vite éteints mes 2 personnages-là, peut-être manquaient-ils de poudre, d’odeurs, de viande autour des os) (on n’a pas vraiment pu s’attacher), Monsieur Longue (qui nous a déjà quittés), le Maréchal Mobutu, le Pape et quelques autres (qui vont tous nous quitter). On les enterrera tous !

Il y aura aussi des personnages-repères, des distracteurs, des personnages-décors (la vache folle[3], l’amiante, le Résidence Palace, le Delhaize du quartier) (rue de Hennin) (entre la rue Lesbroussart et la chaussée d’Ixelles) (Aldi, c’est quelques rues trop loin) (à pied), des personnages rampants (la Belgique belge et le franc belge) (les pays ruinés, les campagnes désertées, les villes dévastées, les quartiers sinistrés, les maisons délabrées) (la pensée unique au service de l'homme unique) (mâle, de type européen, de confession chrétienne, diplômé, informé, motorisé, accouplé, pratiquant le tennis et le ski, le jogging et la plongée sous-marine, justifiant d'un emploi stable et rémunérateur, ayant ses entrées et sachant saisir les opportunités, propriétaire et actionnaire, en bonne condition physique, avec e-mail et GSM) (les rationalisations, les modernisations, les privatisations, les restructurations, les délocalisations) (la gestion par projet, la management by goal, la qualité totale, le business reengineering, l’accelerating organization) (les nouveaux challenges de la technologie, le développement des réseaux interactifs de communication, les critères de Maastricht, la globalisation de l’économie) (les fermetures d’usines et les licenciements collectifs, les plans sociaux, les dépôts de bilan) (les chômeurs de la deuxième génération) (et bientôt de la troisième) (la clochardisation) (les pédophiles psychopathes pervers) (la Palestine étranglée, le Rwanda massacré, la Bosnie débitée, l'Irak affamé, l’Algérie égorgée, la Belgique aspirée par le vide, les pieuvres qui rôdent) (le racisme d’Etat) (l’enfermement et l’expulsion des familles de candidats réfugiés politiques) (les bébés et les poupées) (les enfants et les cartables) (la Belgique triomphante entraînée vers l’avenir!), des personnages-bassets, cachés dans de hautes herbes.

Des personnages latents, en stand-by, que je renseigne à peine, pour mémoire (clauses obscures figurant, en bleu pâle et en petits caractères, au verso des contrats de prêt, ombres planquées dans une encoignure de porte, cadavres végétaux dissimulés au fond d’une corbeille à papier). Mais qui menacent d’exploser ? qui, un jour, peut-être, nous péteront dans la gueule ?

Il y aura ma femme mariée depuis 15 ans (et plus).

16h 02. Mon personnage principal me ramène en voiture à la maison. Je lui relève la jupe, je lui mets la main dans la petite culotte, je lui pelote les fesses...

... Je l’invite à se montrer courtoise au volant ! à respecter les normes et les consignes, les passages pour piétons, nom de dieu !

- Mais enfin, laisse donc passer ces vieux !

- Qui votent FN ? ou Vlaams Blok ? me bloque-t-elle (en plein dans l’estomac) (ma tête dans le pare-brise) (j’encaisse !).



[1] Le général Nzimbi (chef de la Division Spéciale Présidentielle) ? le général Baramoto (chef de la Garde civile) ? le général Eluki (chef d’état-major des Forces Armées Zaïroises) ? l’amiral Mavua (ministre de le Défense) ? ou bien le général Mahele (celui de Kolwezi) (et de la répression "musclée" des “pillages” de Kinshasa) (en 1993 )?

[2] (Sacs-poubelles d'hosties périmées) (abeilles rendues folles par l'odeur de charogne).

[3] Une vache que plus personne ne veut manger, sans prédateurs, obligée de mourir de vieillesse, réduite à faire de la figuration paysagiste dans un film publicitaire sur l’Ardenne rude et profonde.




La cul de ma femme mariée - Chapitre 35

Didier de Lannoy
« Le cul de ma femme mariée », roman, Quorum, 1998...
El culo de mi mujer casada - De kont van mijn getrouwde vrouw - Evunda ya mwasi na ngai ya libala
Extraits

35



- Vous n’avez jamais fait l’amour ? Tu ne l’as jamais invitée à venir boire un verre dans ta chambre, écouter les ultratops de RTL-TVI (le dernier CD des Fugees) (les Spice Girls) ? Vous ne vous êtes jamais embrassés ? Vous allez vivre chacun de votre côté ? Vous vous verrez seulement 3 fois par an (ou même 4), pendant les vacances ?

If you wannabe my lover !

André Faucheur est très énervé, très perturbé.

André Faucheur (qui me hait bien) (et dont je suis le trou du cul !)[1] a passé le week-end à tondre la pelouse du jardin de son père. Tout le monde est opposé à son mariage. Sa grande soeur. La femme de son père. Ses collègues de bureau. Les voisins de sa belle-famille. Personne ne le comprend.

Le col de sa chemise est maculé de sang. Il ne faut pas confondre les rasoirs à lames et les machines à couper le gazon ?

Killing me softly !

Le général Eluki, chef des forces armées de Mobutu, a accusé le Rwanda d’avoir agressé le pays avec la complicité du Burundi et du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés:

- Il existe une situation de guerre dans la province du Sud-Kivu (a-t-il déclaré à Goma, après une visite d’inspection à l’Est du Congo-Zaïre).

Un rapport de l’ONU met en garde contre une explosion de violence au Kivu. Ce rapport attribue au régime de Mobutu une part importante de responsabilité dans les événements des derniers mois. Il accuse l’Etat zaïrois de participer aux massacres et de les encourager.

- Et Laurent-Désiré Kabila, quelqu’un a-t-il de ses nouvelles ?[2]

Ma femme est partie. Qui m’apportera la contradiction ? Tes réparties me manquent, nos guérillas, nos déprimes, nos mesquineries, nos méchancetés, nos enchantements, nos sortilèges, nos divorces, nos retrouvailles, nos attendrissements, nos jubilations, nos subversions, nos déraisons. Tu me manques.

Trafiquant d’espèces en voie de disparition, consommateur de produits exotiques, sacristain bénévole à la cathédrale, je lui téléphone en Espagne, à L’Eliana. Je lui demande comment va Agnès (elle va mieux !) et les enfants (Sarah et David passent la journée à Santa Valencia, chez Abuelita !). Je lui donne des nouvelles du village[3]. Je lui dis aussi que son cul prend de l’ampleur (elle n’apprécie pas:

- Olukaka makambo...).

(Tu doutes de mes capacités ? de ma volonté d’aboutir ?) (un bouquin, ça ne s’écrit pas comme ça?) (avec des brindilles de bois mort, des mauvaises herbes poussant dans la gueule des gargouilles, des détritus et des abats ramassés dans les poubelles) (ou reçus sur la gueule) (des mégots de cigarettes, des petits bouts de phrases en vrac ?) (et trop de points d’interrogation ?) (d’exclamation!) (de parenthèses) (dans tous les sens)[4] (et de notes en bas de page!) (ce ne serait plus digeste ?).

Les Veuves (et quelques Garçons) cherchent à contrarier mon menu unique de spaghetti à la bolognaise pour tout le monde pendant quinze jours: Marichelo (un brouet asturien), Antoinette (un ragoût de mouton, du pondu et des bananes plantain frites à la poêle), Anselme (du poulet au four avec des patates à l’eau), Hortence (des boulettes de viande hachée), Eric (du lard grillé !). Et mercredi, nous sommes invités chez Lieve (et Claude Haïm) (à confirmer).

Mais personne ne songe à me préparer un liboke de ngulu ou du poulet aux mbika! ni même une salade de gui gluant (guérissant les ulcères, l’épilepsie, la coqueluche et l’hypertension) ou ces affaires intérieures de chèvres (sacrifiées et découpées par le boucher Léon, chaussée de Wavre, à Etterbeek ?) que Sinatu me promet depuis toujours ? [5]

Une visite de Marianne Berenhaut (isc), qui m’en a toujours voulu d’avoir brûlé mes manuscrits. Comme on brûle ses vaisseaux. Je la rassure, je lui fais mes confidences:

- Tu sais, je m’y remets, je suis en train d’écrire.

- ...

- Un roman, sur ma femme mariée (depuis 15 ans) (et plus).

Je lui explique:

- Voilà, ça s’est passé depuis le 4 septembre, dans la rue, à la maison et au bureau (au téléphone et à la télévision) (dans le Monde et dans Le Soir) (de l’exposition universelle de Bruxelles-Brussel aux Jeux olympiques de Beijing) (de 1958 à 2008) (et ailleurs) (ou presque), hier et demain.

Elle aussi me fait ses confidences (pourtant je viens de la prévenir) (tout ce qui franchit le seuil de cette pièce prend le risque d’entrer dans mon bouquin) (les gens vont fuir ?) (faudra-t-il refuser du monde?):

- En fait j’en ai marre de vivre seule. Mais je n’ai pas envie de vivre avec quelqu’un ! (s’abandonne-t-elle).

C’est tout mignon et quelque part ça me grattouille ! Je vais à la cuisine, sous un prétexte quelconque, je prends note (ou bien je fais semblant d’aller pisser).

Elle se reprend aussitôt. Elle me dit qu’on trouve encore du podommeke dans certaines boulangeries de Bruxelles-Brussel:

- Tu n’as qu’à mieux chercher ! (m’intime-t-elle).

D’abord, je me mets des gouttes dans les narines (pour chasser le cancrelat qui rôde) (qui creuse et me gratte le fond de la gorge) (il y trouve chaleur, humidité, nourriture) (il y dépose ses champignons, ses sécrétions, ses excréments) (plusieurs soirs par semaine, depuis quelques années, vers deux heures du matin) (il entre par la bouche) (laissée grande ouverte).

Ensuite, je prends un demi-témesta (pour éviter de succomber à la tentation). Mais ça ne suffit plus. J’ai peur de m’endormir, de mourir étouffé. Et je déteste ça[6].

Ce soir, la mort n’est jamais très loin. Il est minuit passé [7]. Les enfants dorment. Des libellules tournoient dans ma tête. Des grillons grésillent. Mourir est une affaire strictement personnelle.

Demain soir, je doublerai la dose[8].



[1] Trou du cul ! salopard ! faux jeton ! manche à balle ! (et membre de la garde prétorienne) (chargée de la sécurité rapprochée) (du Conseiller général ) (faisant fonction !), me crache-t-on dans la gueule et m'assène-t-on sur le menton alors que j'aurais préféré que l'on me susurre à l'oreille, avec tendresse et discrétion (mais étais-je en position de faire prévaloir mes choix ?), les invectives énumérées ci-après: pauv’con, has been, burn out, branleur-au-regard-fuyant, pollueur nocturne, éjaculateur précoce, Lucky Luke du devoir conjugal, vieux mollard, pneu crevé, gamin merdeux, faux-cul, rabat-joie, faiseur d’embrouilles, barjot, taré, maniaco-dépressif, psychopathe atrabilaire, hypocondriaque, scatophile, pétomane, communiste et pervers !

[2] Il faudrait demander à Germain ou à Polycarpe ?

[3] Je lui dis que Djuna s’est fait de nouveaux copains (Bachir, Hakim et Mohammed) (et Stéphane ?) (Stéphane, ça tient toujours !), que Lianja s’ennuie de sa maman (sur qui se faire les dents ?) (et Alexis ?) (Alexis, ça tient toujours!), qu’Eric n’aime plus les spiringues (oui, mais le lard ça passe encore), qu’Anselme va être opéré lundi prochain (rien de grave ! une hernie).

[4] Comme les antennes TV de Denise (la Mère-chef !) et de ma grande fille Hortence (lorsque les tresses étaient à la mode).

[5] Césarine a des problèmes d'amour et d'argent. Trop d'amour et pas assez d'argent. A part ça, tout va bien.

[6] J’ouvre grand la fenêtre, j’avale ma respiration, je la recrache, je l’engloutis. Je me réveille en sursaut, je casse la gueule aux murs et aux portes de toute la maison, je me racle le fond de la gorge, je bêle, je brais, je hennis, je barris, je baréte. Je feule et je vagis. J’éructe, j’expectore, je rue dans tous les brancards. Le coup de sabot du chameau, la rate qui explose, le foie qui éclate, le sang dans les urines, les poumons recrachés ! Etendu sur le dos, pédalant vers le vide.

[7] C’est toujours la nuit que je meurs, inopinément. Entre minuit et 3h du matin (ni fleurs, ni couronnes, des dons à la Fondation Alzheimer sont acceptés) (n°001-2552535-56). Je meurs intoxiqué à l’oxyde de carbone. Je meurs assassiné dans les dunes de Coq-sur-Mer (le suspect était l’amant de l’épouse de la victime) (ils avaient mangé ensemble le soir du crime) (de la soupe de canard au riz). Je meurs par absorption de substances toxiques. Je meurs des suites de l’enlèvement d’un polype à la vessie. Je meurs des suites d’un accident domestique (j’avale un tube de somnifères trouvé dans la chambre de mes parents). Je meurs d’une gangrène non soignée. Je meurs brûlé vif dans ma robe de chambre (j’avais voulu me réchauffer du café, à minuit 30 !). Je meurs dans ma cellule (terrassé par une attaque foudroyante de tuberculose, disent-ils), dix jours avant ma libération.

Les suicides, ça se passe plus tôt, pendant la journée. Le dimanche vers 11h10 (après la grand-messe à 15.000 balles) (belges), ou le lundi, de 8h à 19h (avant le JT de RTL-TVI) (ou de VTM).

A chaque décès, on couvre les miroirs (et l’aquarium). On m’enveloppe de feuilles de bananier, on m’immerge et on me fait rouir.

Les oiseaux ne se lèvent plus à mon approche (ils continuent de s’étriper joyeusement, de dire du mal du directeur). On ne m’adresse plus de demande en mariage (en deux exemplaires, avec mise en demeure et menace de recours aux huissiers).

Ensuite, on désinfecte la chambre (qui restera inoccupée pendant 48h) (le temps d’habituer le personnel) (le chat noir, le lion jaune et le coq rouge).

C’est toujours moi qui meurs le premier, et ça m’énerve (après la mort de son mari, la veuve Rubens retournera vivre à Antwerpen avec ses trois enfants) (elle pourra sortir en boîte autant qu’elle voudra, avec qui elle voudra) (croquer des arachides et des noix de cola) (se rouler un joint, s’envoyer en l’air, se péter les lèvres et s’éclater la gueule, cracher ses poumons dans le lavabo) (rentrer à l’heure qui lui plaira) (se consacrer à des oeuvres de charité et à la fondation qui porte mon nom).

Et quand je meurs le premier, je vous donne l'occasion de vous attendrir sur vous-mêmes, ah!

[8] Nadine passe par la maison et me rassure. Rien n’est mortel, tout se guérit, du moment que ça porte un nom. Elle me dit comment ça s’appelle, qui je dois consulter, ce qu’on va me prescrire, comment je dois me coucher. Waow! C’est gai d’avoir une fille qui fait des études, non ?