Didier de Lannoy « Le cul de ma femme mariée », roman, Quorum, 1998... El culo de mi mujer casada - De kont van mijn getrouwde vrouw - Evunda ya mwasi na ngai ya libala Extraits
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Hier, c’était dimanche. Je revenais de la boulangerie Riva, près de la place Flagey. J’avais une triste nouvelle à annoncer à ma femme mariée: il n’y aura plus de dommekes[1].
- Et pourquoi ça ?
- On n’en fabrique plus: il n’y a plus de clients, certains sont morts, d’autres ont déménagé, d’autres ont été placés dans des maisons de repos.
(Mise en jambes) (ne pas déconcerter) (insinuer, suggérer, imprégner) (souffler avant de mordre) (euphoriser) (séduire, enrober, hypnotiser) (lécher le rat avant de l’avaler) (tout cru !).
Depuis que je suis né, je n’ai jamais cessé de vieillir. Et dans 5 ans la recette sera oubliée (petit pain de seigle au raisin) (céréale cultivée sur les terres pauvres et froides de l'Ardenne rude et profonde, pour son grain et comme fourrage). Et pendant ce temps-là, la tempête tropicale Hortense frôle la Martinique, inquiète la Guadeloupe.
Lundi. Wilrijk. Four crématoire.
Verrouillage de la vessie. On se retient de tousser, de péter, de cracher, de smasher.
- Un instant !
Les portes de l’enfer ne s’ouvriront donc pas. Je suis vraiment très déçu. Pas de vent de flammes. Pas de bouffées de chaleur. Ni les rugissements de la purgation, les vagues déferlantes, le souffle du dragon, les toitures emportées par la tempête, les plate-formes pétrolières dérivant avec 67 personnes à bord, 14 croix arrachées et replantées à l’envers.
On ne voit rien. On n’entend rien. On ne sent rien (à peine une vague odeur de plastique brûlé) (une paire de lunettes ou des prothèses dentaires ? un anus artificiel). Des mouchoirs sont sortis (on se tamponne le bout du nez avec une pièce de tissu). Des cochons grognent. Des chouettes hululent. Des crocodiles vagissent. Des serpents sifflent. Des dindons glougloutent. Des lapins clapissent. Des canards cancanent. Des poules codèquent. Des chameaux blatèrent. Une alouette grisolle.
(Il y a des salles à manger. Il y a des chambres à coucher. Faut-il des endroits pour pleurer ? Ne peut-on pas baiser/manger/crever comme ça se présente, là où ça se trouve ?).
Des poules codèquent. Des chameaux blatèrent. Un ordonnateur (voix compassée de pédophile pasteurisé) procède. Des discours sont prononcés. Musique de salon de thé pour personnes (très) âgées (dans les années 50, en fin d’après-midi) (au Bon Marché) (à l’hôtel Métropole ou à l’Innovation). Personne n’applaudit.
- Un instant !
Des bouquets sont déposés. Des files sont ordonnées. Des têtes sont inclinées (devant une caissette en bois, un pot de chambre, un sac d’aspirateur)[2]. Une musique est diffusée. Des mains sont échangées. Les cendres de Monsieur Longue sont dispersées, cérémonieusement. Défense de marcher sur le gazon. Défense de picorer, de déterrer les vers, de creuser des tunnels. Interdiction d’allumer des feux, de pique-niquer, de s’embrasser, de faire l’amour sur les pierres tombales. Je me retiens d’éternuer.
(Et d’ailleurs, on ne disperse pas, on saupoudre).
(On dégurgite, on dégorge).
(On gerbe !).
La compagne de Monsieur Longue porte le deuil en rouge et noir (et ça lui va très bien).
Pas de voilette mais une superbe permanente, un soufflé au fromage de Hollande.
- Pourvu que ça tienne jusqu’à la fin de la cérémonie !
André Faucheur était présent. Venu disperser son tortionnaire. Venu disperser ses peurs.
(J’ai une vraie affection pour cet homme-là) (qui me hait bien) (je lui dirai un jour pourquoi)(je finirai bien par le savoir ?) (et ce n’est pas seulement parce qu’il lui arrive des histoires !).
- Un instant !
Moi, je m’enterrerai moi-même, c’est décidé ! Et dans un sac-poubelle (aux armes de Delhaize) ! Je ne revendique aucun cimetière (dont les promoteurs immobiliers) (ou le Comité d'acquisition territorialement compétent) (ne manqueraient pas de me déloger, tôt ou tard), ni même un caveau à décomposition rapide[3]. Je revendique mon droit à la décharge publique républicaine (je donne des instructions en ce sens à ma veuve, qui me lit) (salut Mère![4]). Et si les flics de ma mort s’y opposent, je revendique un enterrement Derby, produit blanc. Ceci est mon testament (parmi tant d’autres). Mais il me reste encore 11 ans à vivre. Moins un mois. Et le cul de ma femme mariée depuis 15 ans (et plus) à terminer. Longtemps.
14h20. Retour à Bruxelles-Brussel.
Cela fait plus d’une demi-journée que je n’ai pas touché la femme ! Depuis la nuit dernière (le matin on a plutôt tendance à se tirer la gueule) ! Dans une heure et 42 minutes, j’éteins mon ordinateur, j’enfile ma veste de cuir, je quitte mon bureau, je prends l’ascenseur, j’enfonce ma carte dans la pointeuse, je grimpe dans ta bagnole, je rentre à la maison !
- Ce soir, on fait l’amour ?
[1]D’après Marianne Berenhaut (isc) (infirmière-sculpteur-châtelaine !) (elle me presse, ellem’angoisse) (je dois absolument corriger ça !), on ne dit pas “dommeke” mais “podommeke”.
- Et on en trouve encore dans certaines boulangeries de Bruxelles-Brussel ! tu n’as qu’à mieux chercher (m’intime-t-elle) (avec un point d’exclamation rouillé au plus profond de la gorge).
[2]Le crématorium tourne à plein rendement. Au delà de sa capacité normale ? Les urnes funéraires sont remises aux héritiers dans un délai record, toutes cendres mélangées ?
[3]Ni la parcelle des Congolais (des adultères, des suicidés et des athées), au plus profond du petit cimetière de Tervuren.
[4]Renseigne-toi pourtant, donner mon corps à la science (à l’Institut d’Anatomie de l’Université libre de Bruxelles ou de la Vrije Universiteit Brussel !), ça peut te coûter combien ? Ça pourrait même te rapporter grand-chose, non ? Tous ces organes pourris, farcis, piégés qui vont leur péter dans la gueule. Le dos, la rate, le nez, la tête, l’estomac, le foie, les oreilles et les couilles. Les viscères, waow !
Didier de Lannoy « Le cul de ma femme mariée », roman, Quorum, 1998... El culo de mi mujer casada - De kont van mijn getrouwde vrouw - Evunda ya mwasi na ngai ya libala Extraits
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Je dois voler des mots aux gens pour simplement survivre. Je n’ai plus assez de mots qui m’appartiennent en propre. Je n’ai plus de colonies de mots qui nichent sous mon toit. Quand des mots du hasard et d’ailleurs viennent à passer, je les agrippe (je les renifle et je les dévisage) (je leur pince les tétons et je leur tord les couilles) (je les déglace) (je les fais gueuler, dégorger, haïr) (et puis je les embrasse) (je les lèche, je les suce et je les mordille). Ou bien ils disparaissent. Pour toujours. Jamais ils ne reviennent. Je ne les retrouve jamais.
Brame des cerfs, piaillement des canards sauvages, ils s’amèneront avec des manches de pioches, des couteaux et des haches[1].
Les chevaux s’enfuiront, poursuivis par les truies. Des crocodiles grimperont sur les plus hautes branches des arbres, insulteront les passants, leur chieront sur la gueule.
Couinement des talkies-walkies, ils se tapiront dans les buissons. Ils chercheront à m’épouvanter. Ils chercheront à me détruire. Indidieusement, sournoisement. Ils couperont la ligne téléphonique, le courant électrique, l’accès à l’ordinateur[2]. Ils entreront par les fenêtres, la cave et le plafond. Tirs de mines et marteaux-piqueurs. Hurlements des curés de Kinkempois, de Waha et de Couture-Saint-Germain sodomisés dans la chapelle de la prison. Sifflets et cornes de brume. Camions avançant à reculons:
- Tut ! tut ! tut !
500 litres de mazout déversés, nuitamment, méchamment, sur le disque dur de mon PC (ou dans ma mare à canards) (dans mon élevage de tilapias, de mboto, de crocodiles). Je retrouverai la tête de mon chien clouée par les oreilles sur la porte de ma grange. Et mon ours en peluche, émasculé !
Je n’aime pas avoir été piégé. J’identifie tous les pouvoirs que j’ai dû concéder, tous les traquenards qui m’ont été tendus, toutes les prisons dans lesquelles j’ai accepté de croupir et de disparaître. J’entreprends une grève de la faim, de la soif et des soins médicaux. Je pense à toutes les façons possibles de m’évader.
- Je ne suis pas ta merde, ton nounours, ton paillasson, ton canapé, ton cendrier, ta puce, ton cure-dent, ton sparadrap, ton petit coeur, ta petite laine, ton chien-coussin, tes rognures d’ongles ! Je ne veux plus que tu portes mes chemises. Je ne veux plus que tu me prépares des soupes chinoises ou thaïlandaises. Je ne veux plus que tu m’achètes de la confiture de thé ou des tomates séchées (italiennes !). Je ne veux plus que tu me conduises au bureau le matin (à 7h45) et que tu viennes me rechercher le soir (à 16h02).
Je ne veux plus relever ta jupe, mettre la main dans ta petite culotte, te peloter les fesses et caresser ta poitrine dénudée. Je ne veux plus faire l’amour avec toi quand tu baîlles. Je ne veux plus habiter le même lit que toi[3]. Je ne veux plus que tu me tricotes un pull-over pour l’hiver (si seulement tu savais tricoter). Je ne veux plus que tu me laisses choisir le programme de TV du samedi soir. Je veux que mon cadavre mûrisse tout seul à l’ombre (et que des mouches lui ferment les yeux). Je ne veux pas que tu sois mon infirmière (canard meurtri trempé sanglant dans la gueule hilare d’une chienne de chasse en chaleur !)[4].
Je repasserai mes chemises moi-même (je ne les repasserai pas !) (si seulement je savais repasser). Je ferai réparer mes anciennes lunettes par un opticien, le copain d’un ami, rue Malibran. Je mangerai des sardines en boîte (togolo-portugaises) (sans salade d’avocats), des pilchards, des oeufs durs, du thon à l’huile ou des saucisses de Francfort. Et du corned-beef (Emery ! avec des gros morceaux, comme avant). Je prendrai le bus 54 à la place Fernand Cocq! (ou le 59, place Flagey).
Je veux être libre. Employé dans une brasserie, porteur de cercueils dans une société de pompes funèbres, directeur commercial d’une usine de traitement et de conservation de poissons, j’élèverai un lapin sur mon balcon (ou même une poule) (veuve ou orpheline) (qui me suivra dans toute la maison et passera la nuit à côté de mon lit, perchée sur une chaise) qui aura d’aussi belles dents que le lapin de Constant, le dentiste de toute la famille (et celui d’Antoinette)[5]. Le sida ne me fera plus peur. J’effacerai le tatouage qu’ils m’ont griffé derrière l’oreille (pour retrouver le maître de l’animal) (à l’acide ou à la cigarette). Je me nourrirai de lézards et de papillons de nuit.
Je pourrai mâcher des feuilles de qat, fumer tous les jours de la semaine et beurrer mes tartines à la moutarde et au pili-pili. Je parlerai français à mon perroquet, espagnol, néerlandais ou lingala (swahili, kikongo ou tshiluba). J’entendrai ce qu’il me plaira d’entendre (les poissons braire, le gazouillis des aigles). J’habiterai où je voudrai, quand je voudrai, comme je voudrai (un relais de poste provençal, un entrepôt d’engrais et de produits liquides inflammables, l’annexe d’un cimetière, la grotte miraculeuse de la vierge préhistorique du square Marie-Louise, les sculptures de Marianne Berenhaut) (isc) (les jeux en polyester de la place Bonnevie, un tunnel ferroviaire désaffecté). J’irai chanter dans les parcs publics (les cheveux bleus) (ou teints à la poudre de coquelicot) (ou la coupe cancer) (le look grunge, la barbe d’hier, les yeux congelés, le piercing à la lèvre, la goutte de pipi au bout du nez). Je gratterai les cordes rouillées d'une guitare, avec des doigts de grosse laine, dans les couloirs glacés et soupçonneux du métro (station Madou). J’aspergerai de fluide glacial le trône du Pape, la planche des chiottes, les chaises roulantes des handicapés physiques et les banquettes du métro. Je ferai de la brocante en amateur (cornes de rhinocéros, organes sexuels de tigre, écailles de tortues, peaux de reptiles, bile d’ours ou de crocodile, couilles de Blancs) (j’offrirai 50 pour 100 de réduction sur toutes les peluches en amiante) (je vendrai des médicaments sur le trottoir) (aspirines, antibiotiques, amphétamines et toutes sortes de gélules jaunes et vertes ou de comprimés rouges et bleus dont le nom commencera par A)[6].
Et j’irai me faire foutre !
Je pourrai être vulgaire autant que je voudrai. Je pourrai avoir mauvais goût et mauvaise haleine autant qu’il me plaira. Misérablement trompé par les séductions perfides de la franc-maçonnerie, je pourrai donner libre cours à mon anticléricalisme primaire (péteur et rigoleur). Je me curerai les dents avec un briquet Sikkens, avec une épine de la couronne du premier-né de la petite Marie. Je me plomberai les dents cariées avec du chewing-gum d’hosties consacrées. Je ne serai pas gêné d’exprimer des émotions sonores à la grand-messe, à 15.000 francs (belges) (et d’y emmener les enfants des écoles assister à la transmutation de Hulk[7]) (cracher dans le ciboire, pisser dans le bénitier, chier dans les confessionnaux). Je tirerai sur les livreurs de pizzas et de derniers sacrements.
Je me ferai rayer d’une liste d’attente pour une greffe du foie. Je signerai les formulaires prévus pour demander l’euthanasie. Je piégerai mon cercueil (extincteur de 15 kilos bourré de sucre et de désherbant) et me ferai péter les viscères au beau milieu de la cérémonie funèbre. Je me tailladerai les veines avec les éclats de verre (moqueurs !) d’une ampoule électrique (rieuse !). Je me shooterai à l’héroïne (ça en jette encore, mais beaucoup moins qu’avant ?). Je prendrai la fuite dans une voiture volée. Une Renault 19, immatriculée en Belgique, PCV 783 (qui passait la nuit à Bagnolet, sentier de la Fosse aux Fraises, près du Parc Jean Moulin). J’éviterai de justesse une ambulance de la gendarmerie (escortant un convoi d’argent blessé), je déraperai, je percuterai un poteauélectrique, je défoncerai la vitrine d’une boutique de sous-vêtements féminins, je m’encastrerai dans le mur de la buvette du club de football local, je serai éjaculé (en état de choc, plusieurs côtes cassées et le nez fracturé) (je parviendrai à m’enfuir et à leur échapper).
Je me cacherai dans une caravane de baraquis (pourrie, les pieds dans l’eau). Dans un dépôt de bouteilles désaffecté. Je tenterai de faire du stop, la manche, la pute, un casse. Trayant les pénis et purgeant les bourses. Je crèverai de faim et de froid (ça marche encore, surtout en hiver ?). Je serai certainement très malheureux. Je me sentirai abandonné de tous. Je serai même enceinte (qui pourra m’aider ? que dois-je faire ? à qui en parler ?). Je ne manquerai pas de me faire arrêter à une nouvelle frontière (péage autoroutier, parking de station-service, motel de passe). Je fréquenterai assidûment les toilettes de la consultation d’urologie, au 8ème étage de la clinique du Parc Léopold. Je serai libre !
Suisse. Le visa de Mobutu est prolongé.
Le ministère helvétique des affaires étrangères a accordé au Président Mobutu, au début du mois, une seconde prolongation de séjour pour la fin de son traitement (jusqu’au 27 octobre). Les 2 prolongations d’autorisation de séjour octroyées à Monsieur Mobutu ont été établies sur base de certificats médicaux attestant que le traitement de l’intéressé devait impérativement être poursuivi par les médecins qui le soignent actuellement.
Mobutu va gagner ! Mobutu va gagner !
Champagne et lotoko, beignets d’hosties, brochettes de sauterelles et de kossa-kossa, le Pape a échoué !
(Vaut-il mieux glisser sur une merde humide ou sur un crachat gelé? De tout manière on se retrouve le cul par terre, non ?).
Elle me nie. Et je devrais présenter mes excuses ? avoir la bave aux lèvres, la larme épaisse ? la braguette rutilante ? faire obédience à quelqu’un et demander pardon ? promettre de ne plus recommencer, prendre une douche, changer de slip après chaque coup tiré, devenir une autre personne, aller me faire soigner ? Et je devrais lui téléphoner? Et si elle me raccrochait au nez ? Et si elle me pardonnait?
- Oublie-moi ! (me frappe-t-elle d’un seul coup de couteau, sous le bras gauche, en plein coeur). Casse-toi !
Un mégot de cigarette dans un cornet de frites !
Menacé de vasectomie et de lobotomie, je m’enfuis. Je brandis mon parapluie pour me protéger du diable. Et des sorcières assyriennes, des âmes en quête de délivrance.
Un chewing-gum sur la moquette, un têtard dans le bénitier, un dentier sous une taie d’oreiller, un cancrelat dans une bouteille de Tembo !
Elle me nie. J’entre en hibernation. Je dissimule des lames de rasoir à l’intérieur de mes cheveux. Un oiseau meurt, la gorge tranchée. La morve gèle dans les mouchoirs.
Plus personne ne me caresse la tête. Plus personne ne me frotte le museau. Plus personne ne regarde si mes crottes sont belles.On ne me prend plus en photo. Aucune femme ne me regarde.
- Va te faire foutre (femelle dominante, ex-nymphette, petite Blanche à la con, vieillarde, crapaude, marâtre, Minou Drouet prépensionnée) !
Plus personne ne parle de faire l’amour avec plus personne.
Je voudrais retourner dans mon trou à rats, m’enterrer, disparaître, moisir, pourrir. Odeur de poisson mort. Odeur de merde et de vomi. Corps jetés dans les latrines. Cadavres abandonnés dans les décharges publiques, fertilisés par les asticots. Beaucoup de petites mouches. Pour toujours !
Qu'on me laisse devenir vieux !
Qu'on me laisse regarder la neige tomber !
Je voulais t’écrire une lettre. Autrement. Et ça devait nous rajeunir!
- Et si je ne t’aimais plus, je n’aurais plus aucune raison de t’écrire, quoi que ce soit, à qui que ce soit ?
- Ce serait bien mieux ainsi !
Chuut ! Luxembourg, l’après-Mobutu se prépare. L’Union européenne envisage de mener une action commune de politique extérieure au Congo-Zaïre.
[1]Eglises mises à sac. Institutrice tirant sur sa classe et tuant un enfant de 10 ans. Villes livrées au pillage pendant 8 jours. Ambulances de la gendarmerie escortant les convois d’argent blessé.
On nous annonce 25% de détenus en plus ! en 6 ans ! On nous promet une nouvelle prison à Ittre pour l'an 2.000, 700 emplois à temps plein (300 matons et 424 détenus) (priorité aux jeunes et aux étrangers)! Et de nouveaux camps de concentration pour candidats réfugiés politiques !
[2]Erreur grave ou sortilège: ce document est endommagé et va être fermé (FI). OK ou continuer ?
- OK !
- Une erreur système est survenue, un sort a été jeté, une malédiction lancée. Application “Wordperfect”. Erreur numéro 10. Continuer ou redémarrer ?
- Continuer !
- Le système a quitté inopinément l’application “inconnu” car une erreur de type 10 est survenue. OK ?
- OK... (me résignai-je et soupirai-je) (et croisai-je aussitôt les doigts) (atteint de vieillissement précoce).
[3]Un lit-salon, un lit-terrasse sur lequel tout le monde s’assied et se couche (pour lire le journal, répondre au téléphone, déjeuner, repriser des chaussettes, s’épouiller, se gazer les morpions au Baygon, prendre des bains de soleil, se tenir par la main, regarder la télévision pendant 6 heures et 47 minutes) (par jour) (en semaine). Un lit-péniche, dans lequel tout le monde dort (les enfants et les parents, les chiens et les chats, les vivants et les morts, les porcs et les cochons).
[4]Quand j’étais môme, un basset jouissait en galopant dans les herbes hautes ! (mais peut-être était-ce un épagneul).
[5]Mourad aussi est le dentiste de toute la famille. Surtout d’Eric, de Hans et de JPJ.
[6]Robert Dehoux saura pourquoi. Paulo Carter aussi (signant son pain avec un long couteau sanglant).
Didier de Lannoy « Le cul de ma femme mariée », roman, Quorum, 1998... El culo de mi mujer casada - De kont van mijn getrouwde vrouw - Evunda ya mwasi na ngai ya libala Extraits
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- Vous n’avez jamais fait l’amour ? Tu ne l’as jamais invitée à venir boire un verre dans ta chambre, écouter les ultratops de RTL-TVI (le dernier CD des Fugees) (les Spice Girls) ? Vous ne vous êtes jamais embrassés ? Vous allez vivre chacun de votre côté ? Vous vous verrez seulement 3 fois par an (ou même 4), pendant les vacances ?
If you wannabe my lover !
André Faucheur est très énervé, très perturbé.
André Faucheur(qui me hait bien) (et dont je suis le trou du cul !)[1]a passéle week-end à tondre la pelouse du jardin de son père. Tout le monde est opposé à son mariage. Sa grande soeur. La femme de son père. Ses collègues de bureau. Les voisins de sa belle-famille. Personne ne le comprend.
Le col de sa chemise est maculé de sang. Il ne faut pas confondre les rasoirs à lames et les machines à couper le gazon ?
Killing me softly !
Le général Eluki, chef des forces armées de Mobutu, a accusé le Rwanda d’avoir agressé le pays avec la complicité du Burundi et du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés:
- Il existe une situation de guerre dans la province du Sud-Kivu (a-t-il déclaré à Goma, après une visite d’inspection à l’Est du Congo-Zaïre).
Un rapport de l’ONU met en garde contre une explosion de violence au Kivu. Ce rapport attribue au régime de Mobutu une part importante de responsabilité dans les événements des derniers mois. Il accuse l’Etat zaïrois de participer aux massacres et de les encourager.
- Et Laurent-Désiré Kabila, quelqu’un a-t-il de ses nouvelles ?[2]
Ma femme est partie. Qui m’apportera la contradiction ? Tes réparties me manquent, nos guérillas, nos déprimes, nos mesquineries, nos méchancetés, nos enchantements, nos sortilèges, nos divorces, nos retrouvailles, nos attendrissements, nos jubilations, nos subversions, nos déraisons. Tu me manques.
Trafiquant d’espèces en voie de disparition, consommateur de produits exotiques, sacristain bénévole à la cathédrale, je lui téléphone en Espagne, à L’Eliana. Je lui demande comment va Agnès (elle va mieux !) et les enfants (Sarah et David passent la journée à Santa Valencia, chez Abuelita !). Je lui donne des nouvelles du village[3]. Je lui dis aussi que son cul prend de l’ampleur (elle n’apprécie pas:
- Olukaka makambo...).
(Tu doutes de mes capacités ? de ma volonté d’aboutir ?) (un bouquin, ça ne s’écrit pas comme ça?) (avec des brindilles de bois mort, des mauvaises herbes poussant dans la gueule des gargouilles, des détritus et des abats ramassés dans les poubelles) (ou reçus sur la gueule) (des mégots de cigarettes, des petits bouts de phrases en vrac ?) (et trop de points d’interrogation ?) (d’exclamation!) (de parenthèses) (dans tous les sens)[4](et de notes en bas de page!) (ce ne serait plus digeste ?).
Les Veuves (et quelques Garçons) cherchent à contrarier mon menu unique de spaghetti à la bolognaise pour tout le monde pendant quinze jours: Marichelo (un brouet asturien), Antoinette (un ragoût de mouton, du pondu et des bananes plantain frites à la poêle), Anselme (du poulet au four avec des patates à l’eau), Hortence (des boulettes de viande hachée), Eric (du lard grillé !). Et mercredi, nous sommes invités chez Lieve (et Claude Haïm) (à confirmer).
Mais personne ne songe à me préparer un liboke de ngulu ou du poulet aux mbika! ni même une salade de gui gluant (guérissant les ulcères, l’épilepsie, la coqueluche et l’hypertension) ou ces affaires intérieures de chèvres (sacrifiées et découpées par le boucher Léon, chaussée de Wavre, à Etterbeek ?) que Sinatu me promet depuis toujours ? [5]
Une visite de Marianne Berenhaut (isc), qui m’en a toujours voulu d’avoir brûlé mes manuscrits. Comme on brûle ses vaisseaux. Je la rassure, je lui fais mes confidences:
- Tu sais, je m’y remets, je suis en train d’écrire.
- ...
- Un roman, sur ma femme mariée (depuis 15 ans) (et plus).
Je lui explique:
- Voilà, ça s’est passé depuis le 4 septembre, dans la rue, à la maison et au bureau (au téléphone et à la télévision) (dans le Monde et dans Le Soir) (de l’exposition universelle de Bruxelles-Brussel aux Jeux olympiques de Beijing) (de 1958à 2008) (et ailleurs) (ou presque), hier et demain.
Elle aussi me fait ses confidences (pourtant je viens de la prévenir) (tout ce qui franchit le seuil de cette pièce prend le risque d’entrer dans mon bouquin) (les gens vont fuir ?) (faudra-t-il refuser du monde?):
- En fait j’en ai marre de vivre seule. Mais je n’ai pas envie de vivre avec quelqu’un ! (s’abandonne-t-elle).
C’est tout mignon et quelque part ça me grattouille ! Je vais à la cuisine, sous un prétexte quelconque, je prends note (ou bien je fais semblant d’aller pisser).
Elle se reprend aussitôt. Elle me dit qu’on trouve encore du podommeke dans certaines boulangeries de Bruxelles-Brussel:
- Tu n’as qu’à mieux chercher ! (m’intime-t-elle).
D’abord, je me mets des gouttes dans les narines (pour chasser le cancrelat qui rôde) (qui creuse et me gratte le fond de la gorge) (il y trouve chaleur, humidité, nourriture) (il y dépose ses champignons, ses sécrétions, ses excréments) (plusieurs soirs par semaine, depuis quelques années, vers deux heures du matin) (il entre par la bouche) (laissée grande ouverte).
Ensuite, je prends un demi-témesta (pour éviter de succomber à la tentation). Mais ça ne suffit plus. J’ai peur de m’endormir, de mourir étouffé. Et je déteste ça[6].
Ce soir, la mort n’est jamais très loin. Il est minuit passé [7]. Les enfants dorment. Des libellules tournoient dans ma tête. Des grillons grésillent. Mourir est une affaire strictement personnelle.
[1]Trou du cul ! salopard ! faux jeton ! manche à balle !(et membre de la garde prétorienne) (chargée de la sécurité rapprochée) (du Conseiller général ) (faisant fonction !), me crache-t-on dans la gueule et m'assène-t-on sur le menton alors que j'aurais préféré que l'on me susurre à l'oreille, avec tendresse et discrétion (mais étais-je en position de faire prévaloir mes choix ?), les invectives énumérées ci-après: pauv’con, has been, burn out, branleur-au-regard-fuyant, pollueur nocturne, éjaculateur précoce, Lucky Luke du devoir conjugal, vieux mollard, pneu crevé, gamin merdeux, faux-cul, rabat-joie, faiseur d’embrouilles, barjot, taré, maniaco-dépressif, psychopathe atrabilaire, hypocondriaque, scatophile, pétomane, communiste et pervers !
[2]Il faudrait demander à Germain ou à Polycarpe ?
[3]Je lui dis que Djuna s’est fait de nouveaux copains (Bachir, Hakim et Mohammed) (et Stéphane ?) (Stéphane,ça tient toujours !), que Lianja s’ennuie de sa maman (sur qui se faire les dents ?) (et Alexis ?) (Alexis,ça tient toujours!), qu’Eric n’aime plus les spiringues (oui, mais le lard ça passe encore), qu’Anselme va être opéré lundi prochain (rien de grave ! une hernie).
[4]Comme les antennes TV de Denise (la Mère-chef !) et de ma grande fille Hortence (lorsque les tresses étaient à la mode).
[5]Césarine a des problèmes d'amour et d'argent. Trop d'amour et pas assez d'argent. A part ça, tout va bien.
[6]J’ouvre grand la fenêtre, j’avale ma respiration, je la recrache, je l’engloutis. Je me réveille en sursaut, je casse la gueule aux murs et aux portes de toute la maison, je me racle le fond de la gorge, je bêle, je brais, je hennis, je barris, je baréte. Je feule et je vagis. J’éructe, j’expectore, je rue dans tous les brancards. Le coup de sabot du chameau, la rate qui explose, le foie qui éclate, le sang dans les urines, les poumons recrachés ! Etendu sur le dos, pédalant vers le vide.
[7]C’est toujours la nuit que je meurs, inopinément. Entre minuit et 3h du matin (ni fleurs, ni couronnes, des dons à la Fondation Alzheimer sont acceptés) (n°001-2552535-56). Je meurs intoxiqué à l’oxyde de carbone. Je meurs assassiné dans les dunes de Coq-sur-Mer (le suspect était l’amant de l’épouse de la victime) (ils avaient mangé ensemble le soir du crime) (de la soupe de canard au riz). Je meurs par absorption de substances toxiques. Je meurs des suites de l’enlèvement d’un polype à la vessie. Je meurs des suites d’un accident domestique (j’avale un tube de somnifères trouvé dans la chambre de mes parents). Je meurs d’une gangrène non soignée. Je meurs brûlé vif dans ma robe de chambre (j’avais voulu me réchauffer du café, à minuit 30 !). Je meurs dans ma cellule (terrassé par une attaque foudroyante de tuberculose, disent-ils), dix jours avant ma libération.
Les suicides, ça se passe plus tôt, pendant la journée. Le dimanche vers 11h10 (après la grand-messe à 15.000 balles) (belges), ou le lundi, de 8h à 19h (avant le JT de RTL-TVI) (ou de VTM).
A chaque décès, on couvre les miroirs (et l’aquarium). On m’enveloppe de feuilles de bananier, on m’immerge et on me fait rouir.
Les oiseaux ne se lèvent plus à mon approche (ils continuent de s’étriper joyeusement, de dire du mal du directeur). On ne m’adresse plus de demande en mariage (en deux exemplaires, avec mise en demeure et menace de recours aux huissiers).
Ensuite, on désinfecte la chambre (qui restera inoccupée pendant 48h) (le temps d’habituer le personnel) (le chat noir, le lion jaune et le coq rouge).
C’est toujours moi qui meurs le premier, et ça m’énerve (après la mort de son mari, la veuve Rubens retournera vivre à Antwerpen avec ses trois enfants) (elle pourra sortir en boîte autant qu’elle voudra, avec qui elle voudra) (croquer des arachides et des noix de cola) (se rouler un joint, s’envoyer en l’air, se péter les lèvres et s’éclater la gueule, cracher ses poumons dans le lavabo) (rentrer à l’heure qui lui plaira) (se consacrer à des oeuvres de charité et à la fondation qui porte mon nom).
Et quand je meurs le premier, je vous donne l'occasion de vous attendrir sur vous-mêmes, ah!
[8]Nadine passe par la maison et me rassure. Rien n’est mortel, tout se guérit, du moment que ça porte un nom. Elle me dit comment ça s’appelle, qui je dois consulter, ce qu’on va me prescrire, comment je dois me coucher. Waow! C’est gai d’avoir une fille qui fait des études, non ?
Auteur de romans ("Le cul de ma femme mariée" et "Jodi, toute la nuit" édités par Quorum, 1998 et Couleur Livres, 2009), d’histoires courtes, nouvelles ou chroniques ("Contes d'apnée", "la Belgique tintiniste", etc) parues dans Archipel, C4, Le Batia, Le Galopin, Mandrill, Le chien écrasé, Le Soir, Marginales, etc) et de plusieurs autres textes inédit(able)s (1999-2010) parmi lesquels "la mort d'un sorcier, on fait la fête" (également intitulé "Busleidengang, Jozef"), "Grand Satan et le paralytique", "Ecrire à Butembo !"... Didier de Lannoy (alias ddl) (alias Vié ba Diamba) se revendique aussi comme "écrivain électronique" : diffusion plus ou moins régulière, par e-mail, à un public ciblé, des dépêches-samizdats de l’agence de presse privée AnaCo ("Ana et le Congo") et des billets des séries "Huppé cul !", "Les infoutus", "Cookies", etc.